Mon second réveil fut provoqué par la deuxième phase de mon sauvetage. C'était en pleine nuit. Les brancardiers étaient en train de me remuer pour me charger sur leur brancard. C'était la douleur qui m'avait fait sortir du coma.

Comment ces quatre brancardiers se trouvaient-ils sur cette première ligne ? Parce que quatre petits gars de ma Section avaient été les chercher, bien loin derrière, et, montrant leurs armes, leur avaient intimé l'ordre de venir avec eux pour me transporter. Ils avaient d'abord rechigné, disant qu'ils devaient commencer par ceux qui étaient proches de leur poste de secours !

- Oui, dirent mes hommes, et laisser crever les autres, hein ? Allons amenez-vous de bonne volonté, ça vaudra mieux ; parce qu'autrement, on pourrait vous y forcer.

Ce fut ainsi que moi, le plus éloigné du docteur, je lui fus cependant amené. Oh ! pas tout de suite ! D'abord, le chargement fut un peu laborieux et fortement douloureux. Puis, le chemin était long jusqu'au poste de secours : plusieurs kilomètres, à travers la nuit toute pleine des cris des blessés, des appels désespérés des mourants qui jonchaient la plaine et dont on voyait, en passant, les taches noires allongées sur le sol. [...]

Source : Georges HUBIN - Ma vie - Mes campagnes - Ma guerre  -  Tome V, avec l'autorisation de Michel EL BAZE