Le Soldat Émile LAPORTE
Daniel le petit-neveu du Soldat Émile LAPORTE m'a contacté il y a quelques jours en m'envoyant une photo de groupe où apparaît son grand oncle et un portrait de celui-ci.

Les galons foncés au bas des manches indiquent qu'Émile était soldat de 1ère classe, le cor de chasse sur sa manche gauche, qu'il était bon tireur. Photo prise lors de son service militaire à Sedan.
Il m'a ensuite communiqué plusieurs renseignements et documents familiaux retraçant la trop courte vie d'Émile tombé le 22 (ou 23) août 1914 lors des combats près de Bellefontaine en Belgique. L'information du décès a été trasmise au Maire de Messincourt le 7 février 1918.
Né à Muno en Belgique, il est décédé dans son pays natal à une quarantaine de km du village qui l'a vu naître.

Émile LAPORTE fut inhumé à Bellefontaine. Plus tard, son corps fut ramené dans son village à Messincourt (08) où il repose aujourd'hui.
Son nom figure sur le monuemnt aux morts de la commune.
Sa famille reçut à titre posthume le 13 décembre 1920 la Médaille militaire et la Croix de guerre assorti d'une citation à l'ordre du régiment :
" Bon soldat, d'un courage et d'une bravoure remarquables, énergique et dévoué. Tué glorieusement à son poste de combat le 23 août 1914. Croix de guerre avec étoile de bronze. "

Il avait 23 ans.
Le Soldat René BETH
Jean-Michel a posté plusieurs commentaires sur le blog signalant qu'il recherchait une photo de son grand oncle René Jean Baptiste BETH du 147è RI.
Au vu de ce nom, j'avais recherché sans succès sur mémoire des hommes une fiche à son nom, mais il n'y en a pas. Rappelons que le site mémoire des hommes ne recense pas tous les morts pour la France, mais " seulement " 1,3 millions de fiches individuelles.
J'ai donc contacté Jean-Michel pour tenter d'en apprendre un peu plus, et il m'a communiqué le fruit de ses recherches.
René BETH était originaire de La Groise (59), commune autrefois rattachée à Catillon sur Sambre (jusqu'en 1841 selon Wikipedia). Il y est né en 1892 et était donc de la classe 1912. Son bureau de recrutement était Avesnes ; son nom figure sur la liste sous le n°17.
La transcription de l'acte de décès de René indique qu'l était affecté à la 6è Cie (2è bataillon) du 147è RI. Les témoins étaient deux sergents : Georges Henri LANGLOIS et Jules Constant VARIN. Ces deux derniers semblent avoir survécu au conflit en l'absence de fiches à leur nom sur Mémoire des hommes.
Son acte de décès a été dressé le 20 juin 1915 à l'issue des combats qui se déroulèrent à la Tranchée de Calonne et transcrit dans les registres d'état-civil de La Groise en 1920. Le nombre des pertes figure sur le JMO, elles furent très élevées : 132 tués, 395 blessés, 170 disparus. Parmi les officiers : 5 tués, 4 blessés et un disparu. Soit un total de 697 hommes.
Le 147è RI reçoit dès le 23 juin un premier renfort de 43 hommes du 91è RI, puis au repos entre les et , il reçoit de nouveaux renforts : 328 hommes du 91è RI et encore 180 hommes du dépôt. Totues les pertes ne sont pas comblées par ces différents renforts (451 hommes au total).
L'historique du 147è RI indque :
[...] Le 20 juin, les compagnies partent crânement à l'assaut, conquièrent les premières lignes ennemies et s'y maintiennent malgré de violentes et puissantes contre-attaques manifestant une fois de plus la ténacité et la volonté de vaincre qui animent le régiment.
Le 2e bataillon qui s'est particulièrement distingué reçoit la citation suivante du Général commandant la région fortifiée de VERDUN :
A attaqué avec un entrain remarquable une position ennemie solidement fortifiée ; l'a enlevée et a pénétré d'un seul élan jusqu'à la 3e ligne allemande, malgré les feux violents de mitrailleuses et d'artillerie de front et de flanc.[...]
René BETH avait 23 ans. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de La Groise (59).
René figure peut-être sur une photo de groupe au milieu de copains, du temps du service à Sedan, ou sur une carte postale envoyée par un de ses copains à la famille, une phot de groupe de gars de La Groise ou des environs qui se sont retrouvés au 147è RI. Si ce nom apparaît sur un document en votre possession n'hésitez pas à me contacter, je transmettrai à Jean-Michel.
Tous mes remerciements à Jean-Michel pour les renseignements communiqués.
Bleu horizon, bleu ciel
Sur un site de vente en ligne, le texte d'une carte écrite par le Sergent Georges PERRIER à ses parents en juillet 1916 (probablement le 23, cachet de la poste du 26)
147è régiment d'infanterie
28ème compagnie
Savenay le 23?/7/16
Mes chers parents,
J'oubliais de vous dire que le pantalon dont vous me parlez que vous avez vu à la maison (bleu ciel), j'ai dû le mremettre en revenant au dépôt avec la veste et la capote : du reste personne au dépôt ne doit être en bleu ciel.
Bons et affectueux baisers
Georges
Le Sergent Georges PERRIER semble avoir survécu au conflit en l'absence de fiche à son nom sur Mémoire des hommes.
Au dépôt du 147è RI (2)
Il y avait à la compagnie des récupérés, fonds de tiroirs de tous les conseils de révision, anciens réformés ou service auxiliaire, reversés service actif. La guerre durait, il fallait des hommes.
Agriculteurs bretons ou vendéens pous la plupart, souvent peu instruits, il leur était parfois demandé des pièces à fournir ou des demandes à formuler. Ils avaient recours à moi et je les dépannais de mon mieux. Dans ces occasions ils me mettaient au courant de leurs soucis fammiliaux.
Pourquoi fallut-il que, plusieurs fois, je trahisse la confiance du capitaine en leur accordant des permissions auxquelles ils n'avaient pas droit mais qui leur rendaient service ?
Heureusement tout s'est toujours bien passé, je n'ai jamais eu d'ennuis, lui non plus. [...]
Source Petits récits d'un grand drame - Paul RICADAT, avec l'aimable autorisation de son fils
La Société nationale des conférences populaires
Évoquée au travers du parcours du Lieutenant colonel Fernand DESPLATS, la société nationale des conférences populaires fut fondée en 1891 par Émile GUERIN-CATELAIN. C'est un peu l'ancêtre des universités populaires d'aujourd'hui.
Elle avait pour but de :
" [...] briser les chaînes intellectuelles du paysan, et d’apporter au mal ancien et profond, qui vient d’être signalé, un remède prompt et efficace. Elle veut, à très peu de frais, organiser un large enseignement gratuit pour les adolescents et les adultes des deux sexes dans toutes les communes françaises. "
in Société des Conférences Populaires, Vincennes, Imprimerie Albert Lévy et Frère, 1891, p. 8
Source : http://traces.revues.org/238
Au dépôt du 147è (1)
Après sa convalescence, Paul RICADAT rejoint le dépôt du 147è RI transféré à Saint-Nazaire (44)
[...] je me retrouvai un matin de 1915, déambulant dans une des grandes artères de Saint-Nazaire, à la recherche de la caserne La Briandais, dépôt de mon régiment. J'y rencontrai quelques visages connus, des camarades de Sedan, blessés eux aussi et revenus au dépôt, en attendant de repartir au front.
Quelques jours après, je fus " cueilli " pour entrer dans un bureau de compagnie. Le Capitaine RENAUD, qui la commandait, était un brave homme, déjà âgé, inapte pour le front, mais pouvant rendre service à l'arrière. Tout de suite il me prit en affection, m'accorda sa confiance et je vécus là des jours heureux. J'avais une petite chambre de sous-officier.
Comme le sergent-major et le fourrier étaient souvent absents, parcourant la région pour trouver sur place une partie du ravitaillement, j'étais au courant de toute l'administration de la compagnie et chaque soir je préparais les pièces à faire signer au Capitaine [...]
Source Petits récits d'un grand drame - Paul RICADAT, avec l'aimable autorisation de son fils
Le Lieutenant colonel Fernand DESPLATS
Parmi les officiers tombés le 28 février 1915, il y avait le commandant du régiment : le Lieutenant colonel Fernand Joseph DESPLATS.
J'ai relevé quelques éléments de sa carrière dans son dossier de Légion d'honneur consultable sur la base Léonore.
Fernand DESPLATS était né en 1862 à Royan (17). Son père était ouvrier menuisier. Marié en 1891 avec Angéline GASSION.
Engagé volontaire en 1881 au 17è BCP
Élève à St Maixent promotion Fleuve Rouge 1886-1887
Nommé Sous-lieutenant au 53è RI en 1887
Nommé Capitaine au 88è RI en 1895
Nommé au 18è RI en 1898, puis au 144è RI.
Nommé au 1er Zouaves en 1904.
Chevalier de la Légion d'honneur en 1905, il était alors Capitaine au 1er Zouaves, instructeur à l'école militaire de .
Chef de bataillon, instructeur à l'école militaire préparatoire de Montreuil sur Mer
Nommé Chef de bataillon au 128è RI en 1911
Chef de bataillon au 328è RI en 1914
Prend le commandement provisoire du 147è RI le 8 décembre 1914, en remplacement du Lieutenant colonel RÉMOND nommé à la 87è Brigade.
Il avait fait parler de lui au 147è pour avoir décoré un officier devant les tranchées le 27 décembre 1914, sous un vive fusillade...
Officier d'Académie en 1904 (ou 1901 difficile de déchiffrer), Médaille d'argent remise par le Ministre de l'Intérieur pour services rendus à l'institution des sociétés de secours mutuels en 1903
Témoignage de satisfaction du Ministre de la Guerre pour l'invention d'un porte-dépêches de sureté
Médaille d'honneur de la société nationale des conférences populaires pour services rendus en 1902
Médaille de vermeil de la société nationale des conférences populaires pour services rendus en 1903
Chevalier de la Légion d'honneur en 1905.

Une rue porte son nom à Royan (17). Son nom figure sur les monuments aux morts de Royan et des Andelys (78).
Un appel lancé sur le forum pages1418 (merci à Mikado) me permet de compléter le parcours du Lieutenant-Colonel DESPLATS :
son nom figure sur le mémorial de l'école de Saint-Maixent où il fut non seulement élève, mais aussi capitaine instructeur de 1904 à 1908.
Le meilleur de 2011
Que s'est-il passé en 2011 sur le blog du 147è RI ?
L'évocation de Charles GABRIEL et de ses copains de la 5è Cie ;
la publication des carnets inédits d'Henri THOMASSIN, merci à son petit-fils Jean-Pierre ;
une conférence à Sedan où j'ai évoqué l'épopée de quelques hommes du 147è RI en 1901 ;
une nouvelle visite des villages détruits : Mesnil, Perthes, Tahure... ;
la réception des mémoires d'un poilu bressan : Léon PERRIN ;
l'évocation de Louis JOANNES, pilote, qui m'a permis de découvrir l'histoire de la première femme pilote brevetée : Élisa DEROCHE plus connue sous le nom de Baronne Raymonde DELAROCHE ;
l'évocation de Jean WATTIER, Louis LAURANS ;
les échanges avec les services d'archives de la mairie de Saint Nazaire qui m'ont communiqué plusieurs documents sur le dépôt provisoire du 147è RI (caserne de la Briandais), article à venir ;
Et tous les nombreux échanges toujours aussi enrichissants avec vous lecteurs, visiteurs, contributeurs.
En route pour une nouvelle année de récits avec le 147è RI !
BLANCHET : René ou Jules André ?
Paul RICADAT cite le nom de René BLANCHET, camarade de la 5è Cie et originaire de Sedan qu'il retrouve au dépôt du 147è à St Nazaire à l'issue de leurs convalescences respectives.
Il indique que René partit en renfort et fut tué à Verdun, ainsi que son frère.
Une recherche sur mémoire des hommes ne renvoie pas de fiche avec ces nom et prénom.
Cependant, en cherchant à partir de BLANCHET natif des Ardennes, je trouve une fiche concernant un homme du 147è RI décédé à Douaumont en juin 1916.
Il s'agit en fait du 347è RI, le 147è RI n'étant pas à cette date dans le secteur de Verdun.
Cet homme natif de Sedan était prénommé Jules André BLANCHET âgé de 22 ans. Peut-être que la mémoire de Paul RICADAT n'a pas gardé le prénom exact et qu'il s'agit du même homme ?

Croix de guerre
Au cours d'une conversation avec René BLANCHET, Paul RICADAT apprend qu'il a fait l'objet d'une citation dont il n'a pas été informé.
[...] 4 jours après, [le Capitaine RICARD] avait la réponse : c'était exact. Et qui plus est : ce n'était pas une citation à l'ordre du régiment, mais à l'ordre de la division, qui me donnait le droit au port de l'étoile d'argent sur ma Croix de guerre.

Le Capitaine AUBRUN qui commandait la 5è Cie le 26 septembre et qui, de loin, m'avait vu batailler pendant plus de 12 heures pour faire face à toutes les attaques de l'ennemi, malgré mon pansement qui me recouvrait l'oeil gauche, avait tenu à ce que la citation qu'il avait demandée pour moi déborde le cadre du régiment.
Je ne l'ai jamais revu pour l'en remercier.
Quant à René BLANCHET, il partit en renfort quelques mois après et je ne devais plus le revoir, tué à Verdun ainsi que son frère. Deux parmi tant d'autres !
Source Petits récits d'un grand drame - Paul RICADAT, avec l'aimable autorisation de son fils











