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Le blog du 147e RI
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4 octobre 2025

Frappé de blessures multiples

 

Suite du témoignage de Marcel FLEURIEAU

 

17 avril 1916 - 1 h 30

Nous redescendons le Ravin de la Mort, nous trouvons ce qui devait être l'emplacement d'une voie ferrée et nous continuons jusqu'à la crête où nous prenons position.

 

Redoute de Douaumont, nous faisons le tracé d'une tranchée. La pluie tombe fine et froide, alourdissant nos capotes. Nous sommes glacés et engourdis par la fatigue. Nous avons relevé le X... BCP et Y... d'infanterie.

 

Source : Mémoire des hommes - DMPA - JMO du 147e RI

 

Parmi nous il y a des chuchotements : c'est le Y... d'infanterie, le X... BCP est loin... pas si fort... une fusée...

 

4h30 - Lever du jour

Temps gris et pluvieux. Le boyau communicant aux tranchées de première ligne est boueux et glissant. Nous rencontrons quelques abris rudimentaires : une redoute démantelée, encore des cadavres. Les Boches sont environ à 4 mètres de nous, logés à la même enseigne. X... infanterie, X... chasseurs, X... Génie, X... Artillerie de tranchées, tout pour la même cause, nous attendons l'heure plus ou moins précises de la minute qui doit déclancher l'attaque de diversion.

 

6 h du matin

Une pluie fine transperçante traverse nos capotes, les bandes molletières deviennent de plus en plus serrées, une sueur moite nous incommode, les parois des boyaux et tranchées sont visqueux et gluants. Nous attendons.

 

9h 1/2 environ

Bombardement intense avec déclanchement d'artillerie de tranchée, moral bon malgré l'indécision. Un aspirant d'artillerie règle son tir, deux téléphonistes l'accompagnent. Il règle avec autant de précision qu'il peut, malgré le tir démoralisant de l'ennemi. Parmi nous, beaucoup déjà manquent : officiers et soldats. Quelques prisonniers allemands se rendent. Nous continuons les travaux de résistance, nous redressons les parapets tant bien que mal.

 

11 heures

Je reçois l'ordre immédiat, étant chef de poste, pour l'attaque de 14 heures, de faire liaison avec l'artillerie, par téléphone. Le bombardement devient de plus en plus intense : artillerie légère, artillerie lourde, artillerie de tranchées. Ces heures terribles restent un souvenir poignant. Ravitaillement : aucun. Ceux qui en avaient la tâche n'ayant pu parvenir jusqu'à nous.

 

14 heures - Attaque

La pluie continue. L'artillerie française donne avec une forte intensité par tirs de barrage afin de nous protéger. Nous avançons d'une tranchée. L'artillerie allonge son tir, les mitrailleuses allemandes ripostent. Ayant gagné un boyau allemand, le X... d'infanterie française rencontre deux camarades de la même division. Nous faisons liaison avec l'artillerie quelques secondes par téléphone. Fils coupés ou téléphoniste artillerie mort, nul ne le saura jamais.
 

 

X... de Rouen, élève à l'école normale, me rejoint avec quatre autres camarades. Le bombardement continue de plus en plus intense. Est-ce une bombe, est-ce un obus ??? X de Rouen est coupé en deux. Le 2e a perdu ses deux jambes, moi je suis frappé de blessures multiples, fractures des membres inférieurs et supérieurs, le 4e a le bras droit arraché, le 5e n'a qu'une blessure superficielle au pied, qui l'a cependant immobilisé pendant de nombreux mois.

 

L'attaque continue, nous restons sur nos positions.

 

Je parcours quelques mètres en me traînant dans le boyau, le vertige me prend et je tombe dans le boyau.

 

21 heures

Des camarades me relèvent. Ce sont des soldats d'un X.... régiment, me transportent dans une amorce de boyau, couché sur une couverture (plus ou moins remplie de parasites). Une demi-section s'engouffre dans notre abri, un commandant passe revolver au poing. Ayant cinq blessures, une seule est pansée, celle qui paraît la plus grave à mes camarades.

 

La pluie persiste à tomber, traverse le fragile abri, nous sommes transpercés.
Le bombardement est calmé. La nuit se passe. Jusqu'à la levée du jour les fusées éclairantes, un coup de feu isolé, froissement de capotes, bruit de bouteillons, halte après une marche rapide, d'une corvée. Dans le boyau, je crois entendre les râles de deux de mes camarades.

 

Le jour est levé, journée avec bombardements par intermittences.

 

A suivre...

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