Canalblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le blog du 147e RI
Publicité
Derniers commentaires
Archives
Visiteurs
Depuis la création 273 692
24 janvier 2026

Mon séjour au Bois de la Caillette (6)

 

Suite du témoignage de Joseph PERRAUD, ancien caporal à la 11e Cie du 147e RI.

 

MON SÉJOUR À VERDUN (BOIS DE LA CAILLETTE)  AVRIL 1916

 

Mais non, ils n'ont pas l'intention de sortir ; eux aussi en ont assez sans doute, car bientôt les obus nous arrivent beaucoup plus espacés ; il y a un moment de détente que nous employons à secourir les blessés, dont les moins atteints sont déjà partis pour l'arrière, mais nous avons eu chaud !...


LA SOIF nous étreint. Plus de bidons ni de musettes ; tout a été enseveli dans la tourmente. Il est à remarquer que depuis 3 jours, nous n'avons été ravitaillés qu'une fois. Personne ne veut aller au ravitaillement ; c'est dur et dangereux à la fois.

 

Il nous faut pour y aller, traverser le redouté RAVIN DE LA MORT, si bien qualifié (ravin reliant VAUX et DOUAUMONT). Ce ravin est constamment marmité par les gros noirs.

 

 

Il nous faudra encore ce soir vivre d'expédients. Il tombe quelques averses ; les toiles de tente boueuses recueillent un peu d'eau bienfaitrice...


La nuit venue, nous rampons hors des lignes pour nous approprier les vivres de réserve dans les sacs et les musettes des morts ; les bidons sont aussi les bienvenus.

 

Dans une musette, voici une livre de beurre reçue d'une commune de la Loire-inférieure : une toile l'enveloppe, l'adresse y est encore lisible cependant, mais en ce moment, la mémoire me fait défaut. Avec quelques biscuits, le beurre est le bienvenu.

 

Quelques-uns descendent à l'étang de VAUX se ravitailler en eau.

 

Je suis de veille ; les boyaux de communication n'existent plus, ou bien les cadavres et le matériel entassés les rendent impraticables. Aussi, les ravitailleurs se sont-ils aventurés en terrain libre.

 

L'un d'eux revient avec deux seaux ; il se dirige vers moi, traverse la tranchée et continue ; je l'arrête :

  •  où vas-tu ?
  •  où je vais ? Mais en première ligne...
  •  mais tu y es en première ligne...
  •  ça ne prend pas, mon vieux... Tu voudrais me chiper un quart d'eau, mais les copains en ont plus besoin que toi là-haut ; viens en chercher là-bas, si tu veux...


Et il repart.


Je l'accroche par la capote.

 

  • quelle compagnie est ici ? ajout-t-il
  • mais voyons, la 11e.


Il a compris ; il rebrousse chemin et tourne maintenant le dos aux boches ; mon intervention m'a valu un bon quart d'eau, suivi d'un autre quart. Qu'elle était bonne cette eau recueillie près de l'étang de VAUX dans les trous d'obus où baignaient des cadavres (des macchabées m'a dit le poilu)...


Voici le jour ; nous sommes au jeudi saint ; rien à manger encore aujourd'hui. Après la fournaise de la veille, la journée nous semble plus calme. Le soir venu, la faim fait sortir le long du bois ; le caporal-fourrier avec quelques hommes se décide à aller au ravitaillement. Ils nous reviennent au petit jour le lendemain. La corvée n'a eu que deux blessés. Bien entendu, les vivres qu'ils transportaient seront en moins ; d'autres se plaignent d'avoir eu certains bidons percés par des éclats d'obus.


Ce sera du pinard et du jus en moins. Nous nous partageons le reste, c'est-à-dire ce qui n'est pas tombé en route ; un peu de ragoût glacé, mêlé de graviers. Nous sommes au vendredi saint, nous avons jeûné les jours précédents, mais aujourd'hui, nous mangeons à belles dents les maigres rations de mouton.

 

A suivre...

Publicité
Commentaires
Publicité
Le blog du 147e RI
Le blog du 147e RI
Publicité
Publicité
Publicité