Un drame familial évité
[...] A Marville, j'avais pris l'habitude d'écrire quelques mots chaque jour à mes parents. La correspondance aux armées était gratuite, j'en profitais. Mais depuis le départ le 19 août, nous n'eûmes plus aucune possibilité d'écrire et la première occasion qui se présenta fut seulement quand la retraite de la Marne terminée, la bataille fut engagée, soit le 10 septembre.
Dès la fin août mes parents étaient très inquiets et ils avaient fait part de leur anxiété à un ancien Sedanais, la Capitaine MÉRIEUX qui était commandant militaire de la place de Noisy le Sec. Il leur avait dit :
" Il m'arrive de voir passer des trains de blessés. Si j'en vois du 147è, je m'informerai. "
Dans les premiers jours de septembre, il en vit et leur demanda s'ils connaissaient un nommé RICADAT, de la 5è Cie. Plusieurs lui affirmèrent que j'avais été tué le 28 août, a Yoncq, qu'ils m'avaient vu sur le terrain.
Voilà notre homme bouleversé à la pensée de devoir apprendre la nouvelle à mes parents. Il ne se déroba pas et vint à la maison avec cette intention. Une fois devant ma mère, il manqua de courage et ne dit rien. Il revint quelques jours après, mais de nouveau, il n'osa pas. C'est vers le 15 septembre qu'il décida d'en finir et si cruelle que soit sa mission, d'informer mes parents.
Dès son arrivée, ma mère lui dit :
" J'ai enfin une lettre et de bonnes nouvelles.
- Oui, mais de quelle date ?
- Du 10 septembre
- Ah ! Quel soulagement. Je venais vous informer qu'il avait été tué le 28 août. Je tenais ce renseignement de plusieurs blessés su 147è. "
Il raconta alors ses hésitations qui eurent en fin de compte une heureuse conclusion. Tout fut bien qui finit bien.
A suivre...
Source Petits récits d'un grand drame - Paul RICADAT, avec l'aimable autorisation de son fils