Minenwerfer
Après une longue interruption dans le récit des Mémoires de Georges HUBIN, je vous propose de reprendre où nous l'avions laissé, du côté de Mesnil les Hurlus en 1915.
[...] Nous nous trouvions aussi dans des tranchées allemandes, conquises et retournées contre leurs premiers occupants. Mais elle étaient moins profondes. Et si nous n'eûmes pas grands combats, nous y reçûmes, à chaque instant, des escarmouches, des alertes, et aussi, la chose la plus embêtante, des pluies de torpilles à ailettes, que les Allemands venaient d'inventer.
Il s'agissait d'engins doubles en volume des obus de 75, avec une queue terminée par des ailettes qui obligeaient la torpille, arrivée au faîte de sa course, à retomber verticalement.

Les canonniers, qui les lançaient qu'au moyen de gros mortiers de tranchées appelés Minenwerfer, devaient être assez adroits pour calculer leur angle de tir de façon que l'engin vînt tomber exactement dans la tranchée adverse. Le tir n'était pas très précis, car à peine une sur vingt tombait dans la tranchée. Cependant leur passage était une menace constante, et il fallait toujours regarder en l'air avant de se déplacer pour une cause ou pour une autre. Si elles tombaient très souvent en dehors de la tranchée, soit en avant, soit en arrière, leurs éclats étaient dangereux lorsqu'ils nous atteignaient par ricochets.
Un jour que je venais de me déplacer sans avoir observé les alentours, une de ces sales torpilles tomba dans la tranchée même, à un mètre de moi, à l'endroit que je venais de quitter. je vis une énorme flamme, bleue et rouge, à hauteur de mon oeil, au moment où elle éclatait en crevant la voûte d'une excavation qui servait d'abri à un groupe d'hommes. J'entendis en même temps un terrifiant fracas, puis.... je me retrouvai, plus tard à genoux, dans un coin de la tranchée, branlant la tête, avec une infernale musique dans le crâne. [...]
Source : Georges HUBIN - Ma vie - Mes campagnes - Ma guerre - Tome V, avec l'autorisation de Michel EL BAZE