Mentionné sous la seule initiale de son nom dans l'ouvrage du Général BACH " fusillé pour l'exemple " publié en 2003, Maurice GÉNON est l'un des deux autres soldats de la 4e DI fusillés en 1914, tout comme les trois hommes du 147e RI.

Je l'ai très brièvement évoqué il y a huit ans.

Depuis, les fusillés pour l'exemple ont été à la Une de l'actualité, le centenaire de la Grande Guerre a également été l'occasion d'une ouverture des archives de la justice militaire au plus grand nombre avec la publication des dossiers dans la base mémoire des hommes.

C'est ainsi le cas pour le Soldat Maurice GÉNON, accusé d'abandon de poste en présence de l'ennemi et fusillé le 18 octobre 1914 à la Fontaine aux Charmes (51).

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Maurice GÉNON était né à Charleville en 1893. Lors de son recrutement en 1913, il exerçait la profession de monteur. Bien que soutien de famille, il fut incorporé au 164e RI en novembre 1913.

En janvier 1914, il est affecté au 91e RI. Sa fiche matricule ne mentionne pas son exécution, ni sa condamnation. Seule figure la mention " décédé le 18 octobre 1914 à Fontaine aux Charmes ".

Dans la partie " signalement " de ce document, on relève qu'il mesurait 1,71 m, qu'il avait les cheveux blonds, les yeux bleus, le front haut, le nez rectiligne et le visage allongé.

Il savait lire et écrire (degré d'instruction 2).

Curieusement la description physique, indiquée sur diverses pièces du dossier du Conseil de guerre spécial du 91e RI, mentionne, quant à elle, qu'il mesurait 1,55 m (ou 1,56 m), qu'il avait les cheveux blonds, les yeux bleus, le front petit, le nez rectiligne et le visage allongé.

Comment, en un an, avait-il pu perdre 15 cm et avoir un front devenu petit ? Mystère.

Le procès-verbal de gendarmerie mentionne la taille de 1,71 m, des cheveux chatains clairs, un front vertical, des yeux azurés, un nez rectiligne et un visage allongé.

Le rapport du lieutenant commandant une section du 4e chasseurs forestiers indique que le civil interpellé a déclaré s'appeler GÉNON Lucien, être né à Charleville le 1er janvier 1896.

Sur lui on a découvert des cartes de correspondances militaires adressées au soldat Maurice GÉNON du 91e RI de Mézières que ce dernier lui aurait remises en dépôt.

Devant le caractère suspect des explications, l'intéressé fut conduit à la gendarmerie de Ste Menehould.

En recherchant la fiche matricule de Maurice GÉNON, j'ai relevé que la fiche précédente était au nom de GÉNON Lucien né en 1893 à Montcy Saint-Pierre (08).

Engagé volontaire en octobre 1913, celuici avait été Incorporé au 28e RI. Nommé caporal, il fut porté disparu le 4 septembre 1914 aux Orbais. Un jugement déclaratif déclaratif de décès fut rendu en 1920.

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Une demande de recherches avait été adressée à la Croix-rouge, indiquant qu'il avait été grièvement blessé le 3 ou 4 septembre 1914. Il ne semble pas qu'une suite fut donnée à celle-ci.

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Source Comité international de la Croix-Rouge

Le signalement physique de Lucien GÉNON était de 1,60 m, cheveux chatains clairs, yeux bleus, front moyen et nez rectiligne. Il savait lire, écrire et compter (degré d'instruction 3). Apparemment aucun lien de parenté entre Lucien et Maurice.

Revenons à Maurice GÉNON.

Le dossier du conseil de guerre comprend 37 pièces. Il est établi d'après divers témoignages et rapports que Maurice avait déserté le 8 ou 9 octobre 1914 lors d'un changement de section au sein de la 11e Cie.

Il reconnaît lui-meme les faits lors de son interrogatoire par la gendarmerie de Ste-Menehould en racontant son parcours entre le 9 et le 12 octobre, date de sa capture.

Le chef du musique du 91e RI fut désigné d'office comme son défenseur.

Condamné à l'unanimité des trois membres du conseil de guerre spécial du 91e RI, il fut exécuté le jour même à 17 heures le 18 octobre 1914.

Son nom ne figure sur aucun monument aux morts.

Sa mère, Juliette DASSESSE, est décédée à Poitiers en 1948 dans sa 72e année.

Maurice avait au moins deux soeurs prénommées Louise et Berthe, et un frère prénommé Marceau.