Sedan mercredi le 19 août 1914

Ma chère Henriette

Tu m’excuseras si je t’ai écrit que je n’ai reçu qu’une lettre de toi, car ce soir j’ai reçu trois lettres que tu m’as envoyé, elles ont été un peu longue a venir, car j’en ai reçu une que tu m’as écrite le 11 et une le 12 et l’autre du 17. Je suis content d’avoir de vos nouvelles car nous n’avons rien de paris et nous n’avons pas de journaux.

Nous devions partir aujourd’hui de Sedan pour aller au Mans, mais nous sommes encore là, se sera sûrement pour demain ou après-demain. En tous cas ca ne pourra pas tarder, je crois que si je vais au Mans que je serais très bien car c’est dans le département de la Sarthe et se sera pour dresser les bleus qui vont arriver et pour garder les prisonniers, mais comme je suis tailleur, avec les bleus je travaillerais toujours, car il y aura toujours quelque chose à faire après leurs effets.

Je suis content de savoir que Julien est a Abbeville et qu’il ne se fait pas de mauvais sang, j’espère que du moment que vous avez des nouvelles de Victor qu’il ne doit pas être en danger non plus, tant qu’a Paul je suis heureux qu’il soit a Troyes, j’espère que nous avons tous le bon coin.

J’ai reçu une lettre de maman qui m’a fait bien plaisir, quand tu la verras tu lui diras qu’elle ne mette pas de timbre sur l’enveloppe car il n’y en a pas besoin.

J’espère que mon petit coco se porte bien et qu’il ne s’ennuie pas trop après moi, tant qu’à Henri c’est gentil qu’il aille vendre des journaux. Tu me diras s’il travaille aux halles dans la prochaine lettre. Ecrit moi toujours a la même adresse jusqu’à ça que je t’envoie ma nouvelle adresse.

Avec l'aimable autorisation de la famille. Merci de ne pas reproduire sans autorisation