Sedan le dimanche 16 août [1914]

Ma chère petite Henriette

Je fais réponse à ta lettre qui m’a fait bien plaisir d’avoir de tes nouvelles ainsi que de toute la famille.

Voici la première lettre que je reçois de toi, aujourd’hui dimanche 16 août, j’espère que tu m’écriras plus souvent.

Je suis très content de savoir que vous êtes tous en bonne santé, tant qu’à moi la santé va très bien pour le moment, j’espère que la présente vous trouvera de même.

Tu me dis que tu n’as pas encore de travail, j’espère que tu en trouveras partout car le travail va remarché un peu.

Tant qu’a Henri s’il peut gagner quelques sous aux halles, tant mieux car ça vous aidera, mais qu’il ne perde pas de vue sa maison car il se peut que le travail reprenne chez DIDOUT.

Maintenant tache de te renseigner pour le secours car je crois que tu peux toucher 1,25 francs par jour pour toi et 0,50 pour le petit, alors tâche de faire attention.

Dans ta prochaine lettre tu seras bien gentille de me donner des nouvelles de Paul, ainsi que de Victor si tu en as ?

Je te dirais que tu peux te rassurer car le dépôt de Sedan dont je fais partie, s’il y a du pétard nous irons au Mans ou à Laon pour garder des prisonniers, alors tu vois que ce n’est pas un grand travail, je suis sûr maintenant de ne pas aller a la frontière.

Tu m’écriras le plus tôt possible car il va se livrer une grande bataille sur un front de 400 km de Liège à Verdun. Alors nous serons peut être forcé de nous retirer a Laon ou au Mans, j’espère que nous sortirons vainqueurs, malheureusement il y aura des morts et des blessés car ça durera plusieurs jours.

A Paris ne croyez pas les nouvelles que l’on vous annonce car vous ne pouvez pas avoir de nouvelles officielles.

Tu me diras aussi, si tu vois Annette si elle reçois des nouvelles de son mari car il y a 4 ou 5 jours que nous avons su par les dépêches officielles de la sous-préfecture de Sedan qu’un combat avait été engagé et que nous avons rentré a Mulhouse , mais que le 10ème chasseur de Verdun et l’infanterie de Verdun ont été anéanties par les Allemands, comme son mari est parti a Verdun il risque fort d’être dans le nombre, tache de le savoir, car se serait malheureux si c’était vrai.

Ne lui dit pas que je t’ai écrit cela.

(Formule de politesse habituelle)

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