Sedan samedi 15 août 1914

Ma chère petite femme

Je t’écris cette petite lettre pour te dire que je suis très étonné de ne pas avoir de tes nouvelles, car c’est la cinquième lettre que je t’écris depuis que je suis parti, peut-être que le bureau de la place à Sedan nous retiens nos lettres, mais il n’y a pas beaucoup qui reçoivent des nouvelles de Paris, tant qu’à toi tu dois les recevoir 4 jours après que je les envoie, j’espère que tu me rendras réponse aussitôt que tu la recevras et tu expliqueras comment tu fais pour arriver à manger et avoir du lait a mon petit Eugene car je m’ennuie beaucoup de ne pas savoir comment il va, ainsi que toi et maman et grand-mère ainsi que le petit Florent et louise et Helene et Henri.

Tant qu’a moi pour la santé ça va pour le moment car depuis que je suis arrivé a Sedan, j’ai passé la visite du médecin et j’ai été versé au dépôt de Sedan et comme je suis tailleur, je travaille toute la journée, donc ne te fais pas de mauvais sang, car il n’y a rien à craindre et je n’irais certainement pas au feu, c’est-à-dire que je n’irais pas combattre l’ennemi.

Je reste a Sedan au dépôt pour assurer la sécurité de la ville et il n’y a rien à craindre, j’espère que tu me rendras réponse aussitôt que tu recevras la lettre car je voudrais bien savoir comment tu vas. Tu rassureras ma mère ainsi que grand-mère et Florent et tu les embrasseras bien pour moi.

Je ne sais pas combien de temps cela va durer mais il faut compter au moins jusqu’au mois de décembre, alors prend tes précautions et ne te fait pas de bile, c’est le meilleur que tu as à faire.

Ma chérie je ne vois plus rien a te dire pour le moment, je termine ma lettre en t’envoyant milles baisers et embrasse bien notre petit Eugène pour moi ainsi qu’Henri qui je crois qu’il doit faire son possible pour t’aider.

PS : Embrasse tout le monde pour moi et bien le bonjour a Annette. Mille baisers, ton mari qui t’adore

 

signature

 

 

PS : Donnes moi de tes nouvelles de suite car je n’ai plus d’argent et peut être je serais forcé de ne t’écrire qu’une fois par semaine, ne m’envoie pas de timbre car on n’affranchit pas les lettres, ton chéri qui t’adore.

Avec l'aimable autorisation de la famille. Merci de ne pas reproduire sans autorisation