La correspondance d'Eugène BEAUCHAMP a été transcrite par le mari de sa petite-fille. Nous pourrons découvrir celle-ci jusqu'à la dernière lettre adressée le 30 décembre, avec son autorisation.

A cette correspondance s'ajoute quelques documents reçus par Henriette sa veuve, après le décès d'Eugène : le diplôme d'Hommage de la Nation qui accompagnait vraisemblablement les décorations reçues à titre posthume (Médaille militaire et Croix de guerre), le texte de la citation parue au Journal officiel, que je publierai également.

La première lettre est datée du 7 août 1914, elle est écrite depuis le dépôt du 147è RI à Sedan. Eugène indique qu'il est à la caserne Asfeld.

Vendredi 7 août 1914 Sedan

Chère petite femme adorée

Je t’écris cette petite lettre pour te dire que je suis en bonne santé et j’espère que la présente vous trouvera tous de même.

Je te dirais que ce matin, je suis parti pour aller au dépôt du 147ème et je suis tailleur, je couds des galons sur les vestes et les capotes, jusqu’à présent nous n’avons que de très bonnes nouvelles.

J’espère que quand tu pourras m’écrire tu m’enverras des nouvelles de Paris ainsi que de toute la famille. J’espère que mon petit Eugene et le petit Henri vont bien et que le petit Henri fait ce qu’il peut pour se rendre utile. Tu me diras si tu as réussi à trouver du travail et comment ça se passe à Paris.

A Sedan, on ne se figure pas que nous sommes en guerre car tout est tranquille, les habitants sont très gentils, j’ai visité la ville hier soir, ce n’est pas épatant, mais enfin c’est encore assez grand.

J’espère que Julien ne se fait pas de mauvais sang et que vous vous arrangez tous bien. Tu me diras si tu as reçu déjà des secours de la mairie et si tu as des bons de lait pour mon petit Eugene ? J’espère que tu ne te feras pas de mauvais sang, car je puis te rassurer que je n’ai rien à craindre pour le moment. Tu diras le bonjour à Helene ainsi qu’a grand-mère et maman et Florent. Annette m’a dit qu’elle viendrait te tenir compagnie et j’espère que vous venez tous vous voir et que vous ne vous embêtez pas trop.

Je te mets l’adresse sur l’enveloppe pour que tu puisses m’écrire car là-bas nous n’avons pas de nouvelles de nulle part surtout de Paris. Je ne voie plus rien à te dire pour le moment, je t’enverrais des nouvelles tant que je pourrais.

Je termine ma lettre en t’embrassant de tout mon cœur ainsi qu’a tout le monde de la famille. Embrasse mon petit Eugene et je t’envoie mille bons baisers.

Ton mari qui t’adore

signature

 

 

147eme régiment d’infanterie, 28eme compagnie, dépôt Sedan (Ardennes) troupes mobilisées caserne Asfeld.

PS à Sedan il fait un temps affreux, il tombe de l’eau toute la journée.

Avec l'aimable autorisation de la famille. Merci de ne pas reproduire sans autorisation