Nous franchîmes ainsi environ deux cent cinquante mètres et n'eûmes, sur tout ce trajet, que deux blessés légers. Puis, nous nous trouvâmes en face du réseau de fils barbelés, toujours debout. Des trous nombreux le parsemaient qui étaient autant de cheminements possibles pour nous. Les occupants d’en face nous tiraient bien dessus, mais nous étions justement abrités par l’épaisseur de leur réseau derrière lequel ils ne nous voyaient plus.

Alors, se sentant par trop poussés, ils commencèrent à évacuer peu à peu la tranchée, au fur et à mesure que les nôtres approchaient. Déjà quelques hommes de ma Section se glissaient dans le réseau par les brèches qu'ils avaient trouvées devant eux. Je poussai les autres à faire vite, aussitôt qu'ils le pourraient et, moi-même, j'abordai le réseau.

Devant moi, rien n'était entamé.

Il fallait que je me crée un cheminement avec ma pince à barbelés qui était pendue à mon ceinturon. Je commençais à peine à faire ce geste que le tir de barrage allemand se déclencha sur nous. Jusque-là trop en arrière de nous, il nous était indifférent. Je cisaillais donc les premiers fils devant moi quand, tout à coup, j'entends le sifflement d'un obus de 77 qui paraissait venir dans ma direction, plus près que les autres : les Boches raccourcissaient leur tir.[...]

Source : Georges HUBIN - Ma vie - Mes campagnes - Ma guerre  -  Tome V, avec l'autorisation de Michel EL BAZE