Tandis que nous avancions toujours à la même allure, nous fûmes pris à partie par l'artillerie lourde qui nous avait découverts.

Un de ces obus tomba juste sur la ligne de ma Section, y faisant une énorme excavation et tuant l'homme qui était couché là. Sa tombe lui était ouverte en même temps que l'éternité. Ses camarades l'y enterrèrent en le poussant, sans se soulever du sol : c'eût été trop dangereux.

J'envoyai un autre Caporal pour tenir la liaison. Il revint me dire que nous étions bien en ligne, mais, comme son malheureux collègue, il reçut une balle dans le thorax. Il put me rendre compte et se coucha à l'abri d'un églantier.

J'avançai encore d'une cinquantaine de mètres, suivi dans mon mouvement par la Section du sous-lieutenant et par la Compagnie de mitrailleuses, et je m'arrêtai à un endroit où la crête qui nous protégeait à droite se terminait, laissant devant nous la grande plaine nue, plate, où devaient déboucher mes voisins de droite s'ils continuaient leur avancée.

Là si je faisais seulement dix pas de plus, je n'avais plus aucun abri. Il fallait donc que j'y reste jusqu'à plus ample informé, ce qu'approuva le Capitaine de la mitraille à qui j'avais fait part de la situation. [...]

Source : Georges HUBIN - Ma vie - Mes campagnes - Ma guerre  -  Tome V, avec l'autorisation de Michel EL BAZE