Les Éparges était la marotte de cette époque.

Il s'agissait d'une série de pitons qui se trouvaient dans l'angle mort de la ligne des tranchées allemandes partant de Saint-Mihiel et remontant vers la Woëvre, au-delà et à l'Est de Verdun et de sa ceinture de forts.

Notre commandement voulait à toutes forces réduire cet angle-là afin d'obliger les Fritz à quitter Saint-Mihiel et à nous permettre de nous servir et de la Meuse et du canal et du chemin de fer de Lérouville. Alors, on y fit les frais de grandes attaques qui, toutes, furent repoussées, et qui nous coûtèrent des pertes terribles, sacrifiées inutilement. Il a fallu attendre l'arrivée des Américains pour réussir cette entreprise-là.

En tous cas, quand nous nous vîmes à Dieue, en route vers l'Est, nous n'eûmes plus aucun doute sur notre sort : nous allions tâter, nous aussi, de ce charmant séjour. Nous commencions à avoir l'habitude : jamais nous n'avions eu un bon secteur pépère comme il y en avait tant sur le front ; nous y avions le privilège de nous trouver dans les endroits d'enfer. Dès qu'une fournaise s'allumait quelque part, pan ! on nous y envoyait !

Source : Georges HUBIN - Ma vie - Mes campagnes - Ma guerre  -  Tome V, avec l'autorisation de Michel EL BAZE