Ernest REPESSÉ raconte le 28 août 1914 :

A 1h du matin départ : nous nous dirigeons sur Beaumont où il y a 44 ans nous avions déjà une bataille, mais cette fois c'est devancé d'une journée.
La fusillade fut matinale et nous avons beaucoup de blessés et de tués. Nous pansons et transportons les blessés jusqu'à 16 h sans arrêt. Nous avons les mains toutes rouges de sang : quelle boucherie !
A 18 h comme nous avions eu l'ordre de reculer, arrivés au coin d'un bois où le régiment était arrêté, le Général passe et demande à notre médecin-chef s'il y a des blessés restés sur le champ de bataille. Celui-ci répond qu'il y avait un dépôt avec un infirmier. Le général donne l'ordre d'aller les chercher et de déblayer le champ de bataille.
On rassemble les musiciens des 91è et 147è, ainsi que les brancardiers et infirmiers de ces 2 régiments. Tout le monde laisse ses armes en dépôt au coin du bois sous la garde d'un infirmier et nous voilà partis. Nous étions environ 200. Pendant le trajet on entendait la fusillade et les obus. Personne en cause. Les musiciens du 91è, conduits par leur chef, bien connu chez moi pour un " élégant " - il n'est pas bien franc - il discute avec notre  major disant qu'il ne fallait pas s'exposer ; il propose de faire un drapeau pour que l'ennemi ne tire pas sur nous.
On fait un drapeau avec un mouchoir blanc, découpons une croix rouge dans un morceau de pantalon trouvé sur le bord du bois et les lions en haut d'une grande perche et nous voilà repartis. Passons le bois et sommes en plaine dans un fond. [...]


L'équipe ramasse quelques blessés du 147è, les hommes du 91è sont repartis entre-temps ; le plus gros des blessés étant déjà ramassés par les brancardiers divisionnaires.
Sur le chemin du retour, l'équipe du 147è demande à ceux du 91è de les aider : les blessés n'étant pas du 91è , refus !
A l'endroit où les armes avaient été laissés, Ernest REPESSÉ voit le Sous-lieutenant SCHMIT sur une voiture médicale : il avait été projeté à 5 m d'un obus ayant éclaté à côté de lui, et souffrait de fortes contusions.

Extrait de Témoignage 1914-1918 - Ernest REPESSÉ - Caporal infirmier 147è RI - Avec l'aimable autorisation de son petit-fils Michel.