[...] Ce fut ce jour-là que je fus nommé adjudant à la quatrième Compagnie, du Capitaine Péronne. Il n'était pas avec nous, le capitaine.

Blessé en Argonne, il était encore à l'intérieur en train de se faire raccommoder. C'était un sous-lieutenant, le seul officier qui restât, qui commandait la Compagnie. Nous étions alors deux adjudants et avions ainsi chacun le commandement d'une section. Les deux autres sections étaient commandés par des sergents, car nous avions perdu beaucoup de monde, au Bataillon [le 1er], et nous espérions bien aller vraiment à l'arrière pour nous renforcer. Mais nous n'allâmes pas très loin, du côté de Somme-Bionne, où on montait une véritable ville de baraquements en planches, avec avenues, rues transversales, carrefours, boucheries, magasins d'approvisionnements divers, coopératives, etc...

Quand je vis ce déploiement de préparatifs, je compris ce que la guerre allait devenir. Je voyais là, écrit sur le sol, à l'aide de ces bâtisses, la preuve que, en haut lieu, on était certain de durer là des mois et des mois. Et ces mois devinrent des années !

Nous eûmes l'occasion d'étrenner une des premières constructions faites, couverte en carton bitumé, mais dont le plancher était le sol même de la prairie. Merci du luxe ! Il fallut pourtant bien s'en contenter.

Nous n'y restâmes, du reste, que deux jours. La deuxième nuit, en route sur Wargemoulin, et remontée aux tranchées plus à droite que la première fois, c'est-à-dire du côté de Massiges. [...]