[...] La direction de mon escouade longe une haie qui grimpe à flanc de coteau. L'adjudant SIMON donne l'ordre du départ, l'arme à la main. Nous avons à peine fait 20 pas qu'une volée d'obus passe au-dessus de nous et va éclater plus loin derrière la route. Le sifflement fut tel que nous avons eu la sensation qu'ils s'abattaient sur nous. Nous nous retrouvons à plat ventre dans l'herbe. Dans ces moments-là on ne choisit pas son terrain.

Je me relève tout penaud. Chacun sait ce que l'on trouve souvent le long des haies. Je me suis aplati juste sur une de ces " servitudes de notre frère le corps " ainsi que l'appelle je sais plus quel Dominicain. C'est plus fort que moi, je pousse un " merde " retentissant. En la circonstance, ce  mot est judicieusement employé. Que faire ? Je me mets à plat ventre sur un endroit herbeux et je frotte le devant de ma capote. Prenant mon mouchoir, j'essuie du mieux que je peux et je le jette.

Certains me disent que cela porte bonheur. Merci pour ma chance. [...]

Source Petits récits d'un grand drame - Paul RICADAT, avec l'aimable autorisation de son fils